Livres

Il ne s'agit pas ici de donner une bibliographie exhaustive, mais simplement de signaler quelques ouvrages récents qui nous ont paru intéressants. C'est volontiers que nous recevrions des propositions de titres à mettre dans cette rubrique, avec vos éventuels commentaires

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Quand l'histoire bégaie - Manière de voir PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 20 Mars 2010 05:37

Quand l’histoire bégaie

Edito de Alain Gresh pour le numéro de Manière de voir 110/ avril-mai 2010, du Monde Diplomatique

Janvier 1842, l’armée britannique abandonne Kaboul ; des seize mille soldats et civils qui tentent de quitter le royaume, seule une poignée arrive à bon port en Inde. Le 15 février 1989, les derniers soldats de l’armée rouge franchissent le pont de l’Amitié sur le fleuve Amou-Daria ; plus de quinze mille d’entre eux ont péri depuis 1979. D’ici deux ans, trois peut-être, l’armée américaine, la plus puissante du monde avec son matériel de haute technologie, ses avions furtifs et ses drones, suivie par ses supplétifs de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), se retirera à son tour. Combien d’hommes et de femmes aura-t-elle perdus ? Combien encore d’Afghans tués, de villages bombardés, de réfugiés ? Et dans quel état se retrouvera la région déstabilisée par l’extension des opérations militaires au Pakistan ?

L’histoire bégaie et l’Afghanistan reste imprenable, avec sa géographie accidentée, avec ses tribus et ethnies disparates, avec sa volonté farouche d’indépendance.

Bien sûr, ces guerres qui ont ravagé le pays ne peuvent se comparer : les contextes géopolitiques, les prétextes invoqués pour les commencer, les conséquences diffèrent. Si les Britanniques affichaient franchement leurs objectifs — défendre les intérêts de l’Empire et les marches de l’Inde —, Soviétiques comme Occidentaux se drapaient — et, pour ces derniers, se drapent encore — dans la morale et les grands principes pour justifier leur croisade : sauver les Afghans de la barbarie, contre eux-mêmes s’il le faut.

A côté des destructions provoquées par les guerres, soviétique ou américaine, les opérations menées par les Britanniques (même s’ils brûlèrent le bazar de Kaboul en 1841) en deviennent presque anodines.

Quand, en 2001, les Etats-Unis se lancent dans l’aventure afghane, ils disposent pourtant de tous les atouts : l’indignation soulevée par les attentats du 11-Septembre ; le soutien de la communauté internationale confirmé par des résolutions des Nations unies ; un engagement militaire de l’OTAN et de dizaines de pays ; le discrédit du régime taliban en butte à des oppositions armées, notamment parmi les ethnies non pachtounes.

Huit ans plus tard, les illusions se sont dissipées et le président Barack Obama hérite d’une situation désastreuse. Mais l’homme qui, dès 2002, s’était prononcé contre la guerre d’Irak avait aussi proclamé durant sa campagne électorale qu’en Afghanistan les Etats-Unis menaient une « bonne guerre » contre le terrorisme et Al-Qaida — il évoquera, plus tard, une « guerre juste ». D’où sa décision de porter, d’ici à la fin 2010, le contingent expéditionnaire américain à plus de cent mille soldats. M. Obama a également suivi M. George W. Bush dans sa volonté d’étendre le conflit au voisin pakistanais : on évoque désormais l’« Afpak », devenu un seul et même théâtre d’opérations.

Pourtant, contrairement à son prédécesseur et malgré ses tirades électorales, M. Obama a perdu nombre de ses illusions de victoire. Comme l’écrit le commentateur ultraconservateur américain Arnaud de Borchgrave, « toutes les négociations portent sur la manière de mettre fin à la guerre, pas sur l’idée qu’on peut la gagner (1 ». Mais comment conclure les hostilités ?

L’administration de M. Hamid Karzaï, reconduite après avoir honteusement truqué l’élection présidentielle, est discréditée ; les chefs de guerre responsables de nombreux crimes de guerre sont toujours aux commandes dans de nombreuses provinces ; les talibans, sans disposer d’un appui majoritaire, ont élargi leur assise. Aucune solution n’est envisageable sans réconciliation nationale, y compris avec l’organisation du mollah Omar (2), ni sans un engagement clair sur le retrait de toutes les forces étrangères. Mais la mise sur pied d’un gouvernement d’union nationale suppose d’isoler Al-Qaida des groupes insurgés tout en associant les voisins de l’Afghanistan, dont les ambitions sont parfois antagonistes : le Pakistan, l’Iran, la Russie et l’Inde. La tâche n’est pas aisée. Rappelons que le retrait des troupes soviétiques d’Afghanistan en 1989, qui aurait pu se traduire par une transition pacifique, a débouché sur une relance de la guerre civile, du fait de la volonté américaine (et pakistanaise) d’humilier Moscou

Une grande leçon se dégage de l’histoire afghane. Les guerres étrangères, même menées au nom des principes les plus nobles, aggravent les crises plutôt qu’elles ne les résolvent. Les peuples refusent d’être mis sous tutelle. Les Etats-Unis, pays par excellence des expéditions hors de leurs frontières depuis au moins un siècle, devraient abandonner l’idée que « le monde a besoin d’eux, les attend et aspire à ce qu’ils le dirigent pour assurer le triomphe final de la liberté (3 ».

Alain Gresh.


 

 
Les Arabes et la Shoah - G. Achcar PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 09 Novembre 2009 05:37

Les Arabes et la Shoah, La guerre israélo-arabe des récits, Sindbad-L'Actuel.
Octobre 2009, 528 pages, ISBN 978-2-7427-8242-0


Les Arabes et la Shoah, par Gilbert Achcar

Françoise Germain-Robin *

C’est à une tâche monumentale que s’est attelé Gilbert Achcar avec la publication de cet essai sur la perception arabe de «la persécution et la destruction des juifs d’Europe par le régime nazi». Tâche d’une urgente utilité, à voir les amalgames auxquels se livrent l’historiographie occidentale et la vulgate journalistique sur la question, mettant dans le même sac, antisémite et pro-nazi, la plupart des Arabes de la planète. Un travail qui rappelle celui d’Amin Malouf lorsqu’il nous donna à voir «les croisades vues par les Arabes».

On apprend beaucoup en lisant cet essai fourmillant de références et de citations d’auteurs de toutes origines, mais surtout arabes. Gilbert Achcar a revisité les journaux arabes du temps de la montée du nazisme – qui est aussi celui de la mise en oeuvre du sionisme en Palestine, avec le feu vert de la puissance coloniale britannique. On y voit que l’opposition au sionisme, qui n’a rien à voir avec l’antisémitisme, est née dans la communauté juive d’Europe mais a commencé en Palestine et dans l’Orient arabe bien avant 1933 et l’accession de Hitler au pouvoir. Il s’agit alors pour les Arabes de lutter contre un nouvel envahisseur et une nouvelle forme de colonialisme.

Les Arabes sont loin d’avoir tous la même perception du régime nazi. Si certains, avec le mufti de Jérusalem Amin Al Husseini, collaborent avec Hitler, la plupart des notables et intellectuels, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, rejettent au contraire avec vigueur les théories et les pratiques du nazisme. À la fois pour des raisons éthiques et politiques. Ils sont nombreux à comprendre que «c’est à la Shoah que l’État juif doit d’avoir vu le jour» (p. 52). Et, très vite, l’idée s’impose que les Palestiniens «n’ont pas à payer pour les crimes commis en Europe». Des Arabes, et non des moindres, s’indignent de voir les puissances occidentales – États-Unis en tête – refuser les réfugiés juifs d’Allemagne et d’Autriche. Ils se disent prêts à en accueillir de forts contingents, à condition que cela soit concerté. Dans le même temps, des dirigeants sionistes magouillent avec les autorités nazies pour hâter l’émigration juive en Palestine.

L’apport essentiel du livre est dans l’analyse des positions des divers courants qui traversent les pays arabes, des «libéraux occidentalisés» aux marxistes, en passant par les nationalistes et les islamistes. C’est dans cette dernière catégorie que se recrutent antisémites et négationnistes les plus notoires. Les positions des autres partis sont diverses et évoluent en fonction du conflit. Car, pour l’auteur, «l’antisémitisme est une importation occidentale» que deux éléments ont fait prospérer, contribuant à ce qu’il appelle «un nouvel antisémitisme»: l’aggravation de la colonisation israélienne et «l’industrie de l’Holocauste». Elle a d’abord suscité un négationnisme odieux – surtout en Égypte et en Jordanie. Aujourd’hui, les Palestiniens retournent le raisonnement en se disant eux-mêmes «les juifs d’Israël». Un effet miroir qui interpelle les «justes» d’Israël, pour peu qu’ils échappent à la pensée unique. Ce livre et les débats qu’il ne manquera pas de susciter pourraient y être une puissante contribution.

Historien et politologue, Gilbert Achcar est professeur à l’école des études orientales de l’université de Londres (SOAS). Il a publié avec Noam Chomsky La Poudrière du Moyen-Orient, Fayard.  Cet ouvrage a été publié aux Editions Actes Sud, coll. Sindbad, 2009, 522 p.

Les Arabes et la Shoah, La guerre israélo-arabe des récits, Sindbad-L'Actuel.
Octobre 2009, 528 pages, ISBN 978-2-7427-8242-0

* Critique parue dans le quotidien L’Humanité.

(site alencontre 2 novembre 2009)

 
Winter Soldier - Iraq and Afghanistan PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 29 Septembre 2009 16:50

Winter Soldier - Iraq and Afghanistan - Eyewitness Accounts of the Occupations

Iraq Veterans Against the War and Aaron Glantz, Foreword by Anthony Swofford

Haymarket Books (www.haymarketbooks.org)

In the spring of 2008, inspired by the Vietnam-era Winter Soldier hearings, Iraq Veterans Against the War gathered outside Washington, D.C., and testified to atrocities they personally committed or witnessed while deployed in the occupations of Afghanistan and Iraq. In this book are the powerful words, images, and documents of this historic event.

The collective testimony of the dozens of veterans present at the hearings showed that well-publicized cases of American brutality like the Abu Ghraib prison scandal are not isolated incidents perpetrated by “a few bad apples,” as many politicians and military leaders have claimed. As the testimony shows, such injustices are the logical outcome of U.S. foreign policy. Winter Soldier: Iraq and Afghanistan preserves and honors the participants’ courageous contributions in order to ensure that people around the world remember their stories and struggles.

Along with the moving testimonies of dozens of veterans and family members of fallen soldiers, Winter Soldier: Iraq and Afghanistan

Exposes the Department of Veterans Affairs’ systematic denial of mental health care and disability benefits to soldiers returning from conflict zones and the devastating results of such policy, including suicide rates among veterans that have risen to as high as eighteen per day; Uncovers the U.S. military’s continual disregard for the official Rules of Engagment in warfare, resulting in the targeting of schools, hospitals, mosques, and a general disregard for civilian life; Explains the culture of racism and dehumanization of the enemy permeating the military occupations; Shows the additional battle that women, gays, and lesbians within the ranks are forced to fight, in order to combat the severe discrimination and brutality directed at them during their service.

 
Targeting Iran - David Barsamian PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 29 Septembre 2009 16:40

Targeting Iran

David Barsamian (with Noam Chomsky, Ervand Abrahamian and Nahid Mozaffari

City Light Books ( www.citylights.com) 2005

Iran and the United States are on a collision course. David Barsamian presents the perspectives of three experts on Iran who discuss the 1953 CIA coup and the rise of the Islamic regime; Iran's internal dynamics and competing forces; relations with Iraq and Afghanistan; and the consequences of U.S. policy.

"This slim book is heavy with historical and cultural background that doesn't often find its way into news accounts; it's a great primer on a simmering conflict." – Publishers Weekly

"Insightful, timely, and laced with rich historical perspective, Targeting Iran presents a bracing exploration of Iran's current place in the world, and its tangled relationship with the West. These fascinating interviews capture Iran’s complexity and illuminate the morning’s headlines." – Azadeh Moaveni, author of Lipstick Jihad: A Memoir of Growing Up Iranian in America And American in Iran

 

Publisher City Lights Publishers
ISBN-10 0872864588
ISBN-13 9780872864580
Publication Date June 2007
List Price $11.95
 
S. Sand: Comment le peuple juif fut inventé PDF Imprimer Envoyer
Dimanche, 01 Février 2009 18:19

Shlomo Sand: ”Comment le peuple juif fut inventé “ Edition Fayard 2008

Dans le sillage de la “contre–histoire “née en Israël dans les années 1990, Shlomo Sand nous entraîne dans une plongée  à travers l’histoire de “longue durée” des Juifs. Cet ouvrage aborde des questions qui touchent autant à l’origine historique des Juifs qu’au statut civique des Israéliens.

Depuis 1985 Shlomo Sand enseigne l’histoire contemporaine à l’Université de Tel–Aviv.

Mise à jour le Dimanche, 01 Février 2009 18:22
 
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